Mogwai Young Team : Post-rock en action

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Lorsqu’on cite le nom « Mogwai » dans une discussion centrée autour de la musique, il y a forte chance qu’on nous demande « Ah, ceux qui ont fait la chanson triste avec la fille et les poissons rouges ?» (Qui au passage possède l’une des sections commentaires les plus déprimantes (et l’une des plus humaines) de Youtube).

Morceau représentatif de la mélancolie caractéristique du groupe, Take Me Somewhere Nice fait office d’une formidable entrée en matière pour la musique de Mogwai, ainsi que pour le post-rock en général, un genre qui ne court pas les rues de la musique mainstream mais qui reste toutefois assez populaire dans la scène musicale indépendante, et qu’en 1997 Mogwai a jugé bon de marquer en sortant leur opus phare ‘Young Team’, considéré par beaucoup comme leur meilleur album.

Ce qui frappe avec Young Team, c’est à quel point la musique de Mogwai sur cet opus semble organique, vivante. Atmosphérique, alternant entre ces petits bouts de field recordings, cette dynamique calme-bruyante, ces textures denses, ces lignes de basse mélodiques, cette sensibilité et ces bourrasques soniques, leur musique emporte, ne laisse jamais indifférent. Elle navigue entre les ressentis avec une aisance incroyable.

«Yes! I Am a Long Way From Home », débutant sur un monologue issu d’un journal étudiant de Bergen et lu par Mari Myren, montre dès le début une certaine douceur, dresse une ambiance apaisante, le genre de musique à écouter un soir de pluie, dans une voiture, en observant les néons par-delà les gouttes ruisselant sur la vitre (Comment ça, un peu trop imagé ?) … avant d’arriver à un pont mélodique aux distorsions explosives. Le morceau est suivi par « Like Herod », qui, ne cachant pas son amour pour le groupe « Slint », fait bel usage de cette dynamique calme-bruyant, instaure une atmosphère inquiétante à travers ces buildups extrêmement tendus, qui laissent alors place à des explosions crades, distordues. Ça vous frappe comme la foudre, c’est complétement paranoïaque. Les morceaux qui suivent ne sont pas en reste; de « Katrien » à la majestueuse conclusion « Mogwai Fear Satan » qui figure au panthéon des morceaux du groupe, en passant par « Tracy » ou encore « R U Still In 2 It ? » (avec Aidan Moffat d’Arab Strap au chant !), les chansons vous immergent aussi bien dans de beaux moments introspectifs, que dans une furie résolument punk.

Pour le peu de textes que cet album contient, Young Team dit tellement de choses, parle une langue étrange, laissant entrevoir les multiples influences que le groupe emploie, à savoir Fugazi, Pixies, Slint, Low, Sonic Youth, My Bloody Valentine ou encore The Cure.

Pochette de l’album

Young Team est sincère. Il ne cache jamais ses influences, mais flottant entre elles, arrive à nous proposer une musique très humaine, cette dimension humaine allant jusqu’à se manifester dans les titres des chansons ou de l’album. «Yes! I Am a Long Way From Home », « A Cheery Wave From Stranded Youngsters », « R U Still In 2 It? », « Mogwai Fear Satan » … Cryptiques, teintés de mysticisme, d’une certaine ironie, les titres des chansons/albums à eux seuls forment un pan non négligeable de l’univers de Mogwai, car communiquant tout autant sur leur identité.

 

Mogwai Young Team n’est peut-être pas parfait de bout en bout, on s’en rend peut-être compte lorsque l’on entend certaines chansons du groupe en live, dans des versions encore plus touchantes, encore plus épiques, encore plus éthérées ou tout simplement différentes, mais tout aussi géniales (Comme cette version de Fear Satan présente sur leur album live Special Moves (que je vous presse d’écouter si vous aimez leur musique)). Le groupe lui-même ne garde pas un si bon souvenir des sessions d’enregistrement de l’album, et sans pour autant le renier, n’avait pas tellement apprécié le résultat final. Mais il n’en demeure pas moins une pierre angulaire du post-rock, qui aura contribué à établir l’identité du genre en influençant toute une flopée de groupes leur succédant.

Aussi agressif qu’il n’est doux, aussi optimiste qu’il n’est mélancolique (voire même déchirant), Mogwai Young Team est un album foutrement beau, à l’identité marquée. Ou comme Mari Men l’avait si bien dit (ou lu) : «If someone said that Mogwai are the stars, I would not object ; If the stars had a sound, it would sound like this»

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