Kairouan : Une frustration à la ville sainte ?

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Fondée par Okba Ibn Nafi Al Fihri à la suite de l’invasion arabe vers l’an 670, la ville de Kairouan a vécu toutes sortes de changements politiques, économiques et sociales depuis l’ère de Koceila. L’ambiance drastique qu’héberge ses ruelles depuis la nuit des temps a fort contribué à la magnificence du pays du tapis.  Depuis le minaret dédaignant de la grande mosquée, on ne peut voir que la triste beauté de l’histoire nord-africaine où le temps, sans la moindre rancune s’est dépêché pour mêler culture, religion et politique dans une zone toujours fragilisé par la centralisation et la quête d’une identité solide.

Le monde bouge et s’affole pour s’adapter aux nouvelles lois strictes de la modernité où les connaissances, la technologie et les arts servent à nourrir les esprits en proie à l’évolution. Chez nous, on fait tout pour que cela ne se produit jamais.

Si l’on fait une petite recherche pour inspecter de loin l’état socio-économique de Kairouan, on constaterait que la ville sainte porte un malheur indéniable et l’Etat n’a même pas essayé de tempérer la hardiesse des chiffres angoissantes dont souffre le phare éternel de l’Islam en Tunisie.

En effet, d’après Tarek Fetiti, deuxième vice-président de l’ARP, le taux de pauvreté du gouvernorat est parmi les plus importants du pays atteignant jusqu’à 34.%, soit environ 200.00 dont 10,3% s’ dans une marginalisation extrême. Tout cela s’ajoute à l’enregistrement du plus haut taux d’interruption scolaire en Tunisie. Les kairouanais se trouvent obligés de faire face au marché illégal pour obtenir de l’eau vue la faible pluviométrie dont souffre la zone. Dans un pays où le taux de chômage a augmenté à 15.1 % la situation ne devrait étonner personne car le plus frappant dans tout cela, c’est que les faits sont là depuis un bout de temps mais personne n’a osé en parler.

 

La frustration sociale et ses répercussions :

Comment pouvons nous être aussi naïfs face aux répercussions d’une frustration sociale « tape à l’œil ». Tout le monde le sait, les citoyens de Kairouan vont jusqu’à Sousse pour s’approvisionner de breuvage alcoolisé. Sont-ils vraiment aussi réservés ? L’Etat n’est-t-il pas au courent du marché noir ?

Les interrogations fusent toujours dès que la mort jaillie dans les médias. Mésestimer l’impact sociologique de la frustration chez des communautés marginalisés est une faute grave buriné d’un inconscient collectif. La science le prouve et les chiffres giflent les bouches cousues des complices de ce fléau. N’est-ce pas Kairouan qui a enregistré en 2015 un taux de 16,21% des cas de suicide dont le nombre a recensé 89 cas ? Dans le même gouvernorat, un enfant âgé de 12 a mis fin à ses jours le 6 mai dernier et pourtant personne n’en parle dans les plateaux télés.

 

Alcool et schizophrénie :

Prier le jour et boire comme un trou la nuit est purement tunisien. Conduire une belle Ford et décrier le capitalisme américain l’est aussi. On continue dès lors à marcher sur des bourbes de « Je ne sais pas » sans poser les bonnes questions. Comment pourrait un gouvernorat démuni d’eau potable, de moyens de transports, de salles de théâtres et de cinéma s’investir à fond dans la vie alors que celui-ci baigne dans la frustration. Ne pouvons-nous pas s’imprégner de l’expérience américaine lors de sa phase de prohibition dans le début des années 20’ où l’interdiction de la vente d’alcool a fait subir à l’Etat l’invasion des mafias de contrebande. Les kairounais ne sont pas tous réservés, certains aiment boire, d’autres non et que la vie continue. Le pouvoir du voyeurisme ainsi que de l’hypocrisie ont pu créer un sentier de mort et de chaos mais cela risque d’éclater un jour ou l’autre. En attendant, regardons tous ensemble la télé.

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